Publié le 03 décembre 2020

Après un choc massif en 2020, l’OCDE prévoit une reprise du PIB de 4% l’an prochain, tout en mettant en avant les risques et la grande incertitude.

Les perspectives d’une arrivée, plus rapide que prévu, de vaccins anti-Covid, redonnent de l’espoir. L’OCDE, qui publiait mardi ses nouvelles prévisions, entrevoit bien la lumière au bout du tunnel. Anticipant une chute du PIB mondial de 4,2 % en 2020, l’organisation internationale basée à Paris table sur un rebond équivalent l’an prochain. Le chiffre est un peu moins positif qu’en septembre dernier (4,5 %). Mais entre-temps a déferlé une deuxième vague de Covid-19 qui a entraîné de nouveaux confinements. En même temps, les dernières nouvelles sur le front sanitaire – le laboratoire Moderna a déposé lundi une demande d’autorisation de son vaccin aux États-Unis – sont encourageantes. « Vaincre le virus est la seule façon efficace de protéger l’économie et de protéger les populations des répercussions sociales », a insisté Angel Gurria, le secrétaire général de l’organisation internationale. De ce point de vue, 2021 s’annonce encore difficile et très incertaine. L’activité sera freinée au moins en début d’année par les mesures de distanciation et la fermeture partielle des frontières. Et il faudra plusieurs mois pour déployer la vaccination à grande échelle. L’OCDE rappelle aussi l’importance d’avoir des programmes efficaces de dépistage, traçage et isolement du virus.

Pointant la grande incertitude et les nombreux risques baissiers, l’institution projette de part et d’autre de son scénario central deux trajectoires de croissance de richesse d’ici 2022. Entre la prévision optimiste et la pessimiste, la différence du PIB mondial se chiffre à 7 000 milliards de dollars. La trajectoire dépendra de la rapidité de déploiement du vaccin, du maintien des politiques d’aide, du regain de confiance des ménages et des entreprises. Par rapport à la croissance projetée avant la crise, fin 2022, « on aura perdu l’équivalent du PIB combiné de la France et de l’Allemagne », appuie Laurence Boone, la chef économiste.

Les experts de la Muette mettent en avant la grande hétérogénéité entre les pays. La Chine, d’où est partie la pandémie fin 2019 et qui a réussi à la maîtriser plus rapidement, sera l’une des rares économies à échapper à la récession (+ 1,8 % prévue cette année). En Europe, la Grande-Bretagne et l’Espagne vont enregistrer les plus fortes baisses, suivies de la France et l’Italie. Le PIB français va chuter de 9,1 % – contre 5,5 % en Allemagne – avant de rebondir de 6 % l’an prochain. « La France, l’Italie et l’Espagne ont été touchées plus tôt que l’Allemagne », note Laurence Boone. Les confinements y ont été plus stricts quand la construction par exemple fonctionnait toujours en Allemagne. D’autres facteurs ont joué : l’efficacité des politiques de santé publique et le poids plus important, en particulier en Europe du Sud, des secteurs durement touchés comme le tourisme. Les économies ouvertes, dépendantes des échanges et des investissements étrangers, sont également plus vulnérables, explicite Angel Gurria. Citant les États-Unis, « pays le plus autosuffisant au monde », qui va connaître une baisse du PIB de 3,7 %, deux fois moins forte qu’en zone euro.

Priorité à la jeunesse

Le message principal adressé aux dirigeants est de maintenir les politiques d’aide tant que la reprise n’est pas solide, en ciblant les populations vulnérables. Aux États-Unis, a illustré Laurence Boone dans sa présentation, entre février et août, 50 % des personnes parmi les bas revenus n’arrivaient pas à payer leurs factures et un tiers ont dû faire appel à l’aide de banques alimentaires. Attention, plaide l’économiste, à ne pas reproduire l’erreur de 2008, en imposant trop vite des restrictions budgétaires au risque de casser la reprise.

La jeunesse doit être la priorité. « Il faut se concentrer sur les jeunes qui arrivent sur le marché du travail et les élèves des écoles défavorisées » pour ne pas creuser davantage les inégalités qui commencent dès le plus jeune âge : un enfant de 5 ans d’un milieu défavorisé, rappelle l’OCDE, connaît 120 mots, cinq fois moins qu’un enfant d’un milieu aisé.

Source: Le Figaro, 02/12/2020